Les magasins débordent de bouquets et de cartes dorées. Partout, des enfants cherchent le cadeau parfait. Cette année encore, je ne t’en achèterai pas. Mon cœur est serré, et il me manque tellement de ne plus pouvoir te prendre dans mes bras.
Mais je vais t’écrire. Comme si tu étais juste là, sur cette terrasse où tu aimais méditer en silence, les yeux mi-clos, une paix que personne ne pouvait te voler.
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Tu me faisais rire, maman. Tes mises en garde avaient ce mélange unique de sagesse et de tendresse : « On ne met pas les enfants dans un Kangourou comme ça. On les met au dos !
» Et les dreads, ah, les dreads, tu n’en voulais pas. « Ehhh, peut-on donner mise en garde aux gens comme ça ? »
Et puis il y avait le pagne. Tu insistais tellement : « Ahou, faut payer pagne ! Tu ne vas pas accoucher sans pagne. Ce n’est pas sur Jean tu vas coucher mes petits-enfants ! » J’avoue, maman le jour de la césarienne, je n’en avais pas. Une larme a coulé, et dans ce couloir froid d’hôpital, c’est à toi que j’ai pensé. Dieu merci, Maman Karine avait tout prévu. Tu aurais souri, j’en suis sûre.
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Je te revois faire tes jus. Avec ce soin particulier, cette attention que tu mettais dans chaque geste, parce que tu disais que tes clients étaient ta famille. « Mon jus doit être doux et bien fait. » Dans ces petites choses du quotidien, tu m’as montré ce que signifie aimer les autres avec intégrité.
Je t’entends encore dire aux femmes qui venaient te voir, dans leurs moments de doute : « Tout va aller bien. Dieu est au contrôle. » Ces paroles, tu les disais avec une conviction qui traversait les murs. Et moi, dans ma quête d’emploi, tu étais mon ancre. Ton riz gras sauvage que tu nous cuisinais avec trop d’efforts mais tellement d’amour c’était ta façon de dire que tu prenais soin de nous.
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Tu m’as dit un jour : « Le cœur qu’on prend pour aller à la guerre n’est pas le même qu’on prend pour se marier. » Longtemps, j’ai cherché le sens de ces mots. Aujourd’hui, je comprends. Il faut de la douceur. De la patience. De la persévérance. Les batailles du foyer ne se gagnent pas avec de la force brute, mais avec de l’amour qui tient bon.
Tu m’as appris à croire en Dieu, à être courageuse. « Ton premier mari sera le travail », disais-tu. Et le travail m’a rendue libre. Tu m’as appris à aimer les gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils ont, à me contenter du peu que j’ai et à bénir Dieu pour tout. Tu m’as appris qu’on peut pleurer le soir et se relever fort le matin.
Ton absence est une présence silencieuse.
La mort n’a pas coupé le fil entre nous. Il est devenu invisible, c’est tout. Je te consulte encore dans mes doutes. Je t’entends quand je prononce certaines phrases , les tiennes, sans le savoir. Et dans les moments les plus importants de ma vie, je sens que tu n’es pas loin. Que tu veilles.
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Maman, tu as été une femme exceptionnelle. Si l’on devait renaître, c’est encore toi que je choisirais sans hésiter, dans chaque vie.
Je te promets que ton nom ne restera pas inconnu. Que tes prières seront exaucées. Que je vais te rendre fière.
Pour ton petit-fils, et pour tous ceux qui viendront, je vais essayer d’être la mère que tu as été pour moi. À la hauteur de tout l’amour que tu m’as donné.
Bonne fête, Affoué Jeanne. Repose-toi bien, et donne-moi la force d’avancer.
— Ta fille, pour toujours !!!



