Le 23 novembre 2023, le nouveau statut général de la fonction publique a été promulgué et à cette occasion, le gouvernement a adopté plusieurs décrets d’application, dont le Décret n° 2025-120 du 26 février 2025. La section 7 de ce décret met en place des dispositions relatives aux congés de maternité, de paternité et aux repos pour allaitement, dans le but d’assurer des droits plus justes pour les fonctionnaires et les stagiaires. Cette réforme se concentre principalement sur les articles 104 ,105,106 et 107 de ce décret, qui clarifie les durées, les procédures et les conditions d’octroi des congés parentaux.
Pour appréhender pleinement l’importance de ces modifications, il est crucial d’examiner le contexte et les buts de cette législation, qui cherche à ajuster la fonction publique aux exigences contemporaines des agents tout en soutenant l’égalité et l’harmonie entre vie professionnelle et vie familiale.
Contexte et Objectifs du Décret
Le Décret n° 2025-120 représente une avancée majeure pour la fonction publique, renforçant les droits des fonctionnaires en matière de maternité et de parentalité.
L’objectif est d’harmoniser les règles relatives aux congés, afin de promouvoir un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et personnelle, tout en soutenant l’égalité des carrières et l’épanouissement professionnel des femmes.
Examinons maintenant les articles 104, 105 et 106, qui précisent les conditions et modalités de ces congés et périodes de repos.
Article 104 : Le Congé de Maternité
L’Article 104 fixe les conditions du congé de maternité pour les femmes fonctionnaires et stagiaires, d’une durée de 24 semaines. La demande, accompagnée d’un certificat médical, doit être faite 8 semaines avant l’accouchement. Si aucune réponse n’est donnée dans un délai de 2 semaines, le congé est automatiquement accordé.
Ce qu’il faut retenir :
- Congé de maternité de 24 semaines ;
- Demande à soumettre 8 semaines avant l’accouchement, avec certificat médical;
- Réponse obligatoire dans les 2 semaines, sinon le congé est de droit.
Article 105 : La Répartition du Congé de Maternité
L’Article 105 divise le congé de maternité en deux périodes : 8 semaines prénatales et 16 semaines post-natales. Si la demande n’est pas faite à temps, la période prénatale peut être réduite, mais la période post-natale reste intégralement acquise, même si l’accouchement a lieu après la date présumée. Si la fonctionnaire ne peut pas reprendre le travail à la fin de son congé, elle sera placée en congé de maladie de courte durée après avis du conseil de santé et sécurité au travail.
Ce qu’il faut retenir :
- Congé de maternité divisé en 8 semaines prénatales et 16 semaines post-natales;
- La période prénatale peut être réduite en cas de demande tardive;
- Congé de maladie possible si la reprise du travail est impossible après le congé de maternité.
Article 106 : Le Repos pour Allaitement
En complément du congé de maternité, l’Article 106 introduit le droit au repos pour allaitement. Pendant une période de 12 mois à compter de la reprise du travail après le congé de maternité, la femme fonctionnaire ou fonctionnaire stagiaire bénéficie de périodes de repos pour allaitement, d’une durée totale de maximum une heure par jour. Cela permet à la mère de concilier plus facilement sa vie professionnelle et son rôle de parent.
Ce qu’il faut retenir :
- Droit à un repos pour allaitement d’une durée maximale d’une heure par jour pendant 12 mois après le retour au travail.
Cependant, cette législation présente à la fois des points forts et des limites.
Points forts de la législation en vigueur
- Durée équilibrée du congé de maternité : Avec 24 semaines (8 semaines prénatales et 16 postnatales), cette durée soutient à la fois la santé de la mère et de l’enfant, tout en permettant de maintenir l’équilibre entre la parentalité et le statut professionnel.
- Clarté administrative et sécurité des droits :
Le délai de réponse de 2 semaines pour la demande de congé, avec un droit acquis en l’absence de réponse, simplifie les démarches et garantit une certitude juridique. - Protection en cas de non reprise du travail :
En cas d’incapacité à reprendre après le congé, la fonctionnaire peut bénéficier d’un congé de maladie de courte durée, ce qui assure une protection continue. - Repos pour allaitement : Une heure de repos par jour pendant un an après la reprise du travail permet aux mères de concilier travail et allaitement, ce qui est un avantage significatif.
- Accès équitable pour toutes les fonctionnaires :
Le décret s’applique de manière égale à toutes les femmes fonctionnaires et fonctionnaires stagiaires, garantissant ainsi un traitement équitable dans la fonction publique.
Bien que la législation en vigueur présente des points forts indéniables, comme la durée raisonnable du congé de maternité, la clarté administrative et la protection de la fonctionnaire en cas de non reprise du travail, il est important de souligner certaines limites qui pourraient affecter l’équité et la flexibilité du système.
Les limites de la législation en vigueur
- Durée du congé moins flexible : Bien que de 24 semaines, la durée du congé est inférieure à celle de certains pays européens, notamment scandinaves, où le congé parental peut atteindre 52 semaines. De plus, il n’y a pas de possibilité de partage du congé parental entre les deux parents, ce qui limite la parentalité partagée.
- Rémunération floue : Le décret ne précise pas si le congé de maternité est payé ni à quel taux, ce qui génère de l’incertitude concernant la rémunération des fonctionnaires en congé maternité.
- Droits limités pour les pères et co-parents : Le décret prévoit que deux mois de congé de paternité pour les pères, ce qui limite la promotion de l’égalité dans les responsabilités parentales.
- Réduction possible du congé prénatal : Si la demande de congé n’est pas faite à temps (8 semaines avant l’accouchement), la fonctionnaire peut perdre une partie de son congé prénatal, ce qui manque de flexibilité comparé à d’autres législations.
- Absence de mesures pour certaines situations spécifiques : Le décret ne prévoit pas de mesures adaptées aux familles monoparentales ou aux grossesses multiples, ce qui pourrait être nécessaire pour mieux soutenir ces cas particuliers.
- Manque de garanties de réintégration professionnelle : Bien que le congé de maternité soit garanti, il n’y a pas de garanties explicites pour assurer une réintégration dans le même poste ou un poste équivalent après le congé, ce qui est présent dans certaines législations comme au Royaume-Uni.
Nous avons analysé l’application de cette législation dans le secteur public. Mais comment sera-t-elle reçue et mise en œuvre dans le secteur privé ? Mon inquiétude se situe à ce niveau.

Différences entre le secteur public et le secteur privé
Le secteur privé n’est pas directement concerné par le Décret n° 2025-120. Les droits en matière de congé de maternité et de paternité dans le secteur privé sont régis par des lois spécifiques et des accords collectifs, qui peuvent varier d’un pays à l’autre. Ainsi, pour que les femmes dans le secteur privé puissent bénéficier des mêmes droits que celles du secteur public en vertu de ce décret, il faudrait une réforme législative qui étend ces droits au secteur privé, ou bien des accords collectifs ou des dispositions spécifiques qui intègrent ces droits.
Les défis d’application pour les femmes dans le secteur privé
- Manque de législation uniforme : Contrairement au secteur public, les droits des femmes en matière de congé de maternité et de protection sont souvent moins généreux dans le secteur privé. Si le Décret n° 2025-120 du 26 février 2025 n’est pas étendu, les femmes du privé pourraient se voir privées des mêmes garanties que les fonctionnaires.
- Disparités dans l’application des droits : Les droits relatifs au congé de maternité et à l’allaitement varient selon les entreprises. Les grandes entreprises avec des conventions collectives avantageuses offrent souvent de meilleurs congés, tandis que les PME respectent parfois uniquement les normes minimales légales.
- Résistance au changement : Certaines entreprises peuvent hésiter à offrir des droits étendus par crainte des coûts ou d’une perte de flexibilité. Cette réticence pourrait entraver l’application de ces droits, surtout dans les secteurs axés sur la rentabilité.
- Manque de sensibilisation et d’information : Les salariées du secteur privé peuvent manquer d’information claire sur leurs droits, contrairement aux fonctionnaires qui bénéficient d’une communication transparente. Cela complique l’exercice de leurs droits.
- Inégalités selon la taille de l’entreprise : Les grandes entreprises offrent généralement plus de soutiens pour l’allaitement et des congés plus longs, tandis que les petites entreprises, manquant de ressources, peuvent avoir du mal à appliquer ces droits.
Pour relever ces défis, diverses options et stratégies pourraient être envisagées pour optimiser la mise en œuvre de cette loi dans le secteur privé.
Solutions et Pistes pour les Femmes du Secteur Privé
- Extension législative : Réviser le Code du travail pour garantir les mêmes droits dans le secteur privé que dans le public, assurant ainsi une égalité de traitement.
- Renforcement des conventions collectives : Renégocier les conventions collectives pour inclure des droits similaires à ceux du secteur public, en particulier dans les secteurs déjà avancés sur ces sujets.
- Sensibilisation et information : Organiser des campagnes pour informer les femmes du secteur privé de leurs droits en matière de maternité et d’allaitement.
- Amélioration de l’accompagnement des entreprises : Fournir un soutien aux PME pour les aider à mieux gérer les congés de maternité et l’organisation du travail, à travers des subventions ou des allègements fiscaux.
Les Articles 104 et 105 du Décret n° 2025-120 du 26 février 2025 introduisent un cadre légal renforcé pour les femmes dans la fonction publique, leur fournissant des garanties améliorées concernant la maternité et la parentalité, tout en favorisant l’harmonie entre vie professionnelle et responsabilités parentales.
Ces actions représentent un progrès notable en matière d’égalité de genre dans la fonction publique. Cependant, leur mise en œuvre dans le secteur privé pourrait rencontrer des difficultés, notamment les différences entre les entreprises, l’opposition au changement et le déficit d’information. Toutefois, grâce à des modifications législatives et un accompagnement approprié, on peut envisager que les femmes dans le secteur privé profitent aussi de meilleures conditions professionnelles et d’un soutien parental, contribuant ainsi à une plus grande équité entre les secteurs public et privé.

Quelques pays et leurs législations sur le congé de maternité et le congé de paternité
Union Européenne :
Dans l’Union Européenne, chaque pays doit respecter un congé de maternité minimum de 14 semaines, selon la Directive 92/85/CEE. Cependant, certains pays offrent des périodes plus longues.
France : Le congé de maternité standard est de 16 semaines, dont 6 semaines avant la naissance et 10 après. En cas de grossesse multiple ou d’enfants avec des besoins spécifiques, des congés supplémentaires peuvent être accordés.
Suède : La Suède offre un congé parental flexible de 480 jours (environ 16 mois), avec une rémunération partielle pendant une partie du congé. Le congé de maternité peut être pris jusqu’à la première année de l’enfant, bien au-delà des 24 semaines prévues par la norme européenne.
Norvège et Finlande : Ces pays scandinaves sont réputés pour leurs congés parentaux généreux. En Norvège, les parents peuvent choisir entre 49 semaines de congé avec rémunération complète ou 59 semaines avec rémunération partielle. La Finlande permet aux parents de partager jusqu’à 158 jours de congé parental payé.
États-Unis :
Contrairement à l’Europe, les États-Unis n’ont pas de congé de maternité payé au niveau fédéral. La Family and Medical Leave Act (FMLA) garantit 12 semaines de congé de maternité non payé pour les employés ayant travaillé au moins 1 250 heures au cours de l’année précédente, mais ce congé n’est pas rémunéré, ce qui est un contraste marqué avec d’autres pays.
Royaume-Uni :
Le Royaume-Uni offre un congé de maternité de 52 semaines pour les mères, dont les 6 premières sont payées à un taux partiel. Les 33 semaines suivantes peuvent être prises sans rémunération, bien que certaines aides en fonction du revenu soient disponibles. Les pères peuvent prendre 2 semaines de congé de paternité et partager une partie du congé de maternité.
Les pays européens, notamment les pays scandinaves, offrent des politiques de congé de maternité plus favorables que les États-Unis, avec des durées plus longues et un soutien financier important, offrant ainsi plus de flexibilité aux parents.


L’article est long.mais ça en vaut la peine .
Merci Ahou de nous instruire !
Merci pour le retour!
Très bel article bien détaillé. Merci Ahou !
Merci de nous suivre !