Miss côte d’ivoire, à la recherche d’une excellence douteuse

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Miss Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, le concours de beauté, dénommé « Miss Côte d’Ivoire », suscite beaucoup d’intérêt. Selon les organisateurs, cette compétition est une lucarne pour célébrer la beauté authentique de la femme ivoirienne, promouvoir l’excellence et mettre en exergue la culture ivoirienne.

Seulement, voilà, depuis quelques années, beaucoup de polémiques et de scandales entourent ledit concours : sexe, drogue, proxénétisme…….

Selon des indiscrétions, certaines candidates se livreraient à des bassesses extrêmes afin d’arriver au sommet et rafler la couronne.

Des allégations, on va dire, non fondées jusqu’en 2014. Cette année-là, au cours de la finale, la mère d’une candidate malheureuse s’est livrée, en public, à un spectacle pour le moins inattendu. Avec un langage cru, elle a accusé le Président du COMICI (structure qui organise le concours) d’avoir « abusé » d’elle. Cette scène a créé le buzz sur les réseaux sociaux en Côte d’Ivoire. Et m’a amenée à me poser la question suivante : « Que gagne-t-on réellement dans ce concours, au point où des mères ‘‘se livrent’’ pour que leurs filles soient élues Miss ? »

Ma curiosité et mon affairage légendaire étaient mis à l’épreuve. J’ai voulu voir les objectifs, les perspectives et surtout les valeurs réelles défendues par ce fameux concours. Malheureusement, toutes mes questions sont restées sans réponse valable (pour moi, en tout cas).

Je n’ai rien vu de l’excellence que l’on dit prôner.

– Les questions posées au Miss, qui pouvaient nous donner une idée de leur niveau intellectuel, sont apprises par cœur pendant la mise au vert.
– Les diplômes de nos dernières Miss ne vont pas au-delà du BAC, donc pas conséquent pour juger réellement leur niveau intellectuel.
– Ils disent qu’ils valorisent la culture. Je parie qu’ils font allusion au passage en tenue traditionnelle. Non seulement, c’est bref, mais, je ne vois aucune candidate exécuter « avec maitrise » les pas de danse de la région qu’elle représente.
– Pareil pour la musique. Pas assez de chanson ivoirienne. Surtout celle du terroir. Pour l’édition de 2014, c’est la musique Naija (nigériane) qui était jouée lors du passage en tenue de ville. Vous avez dit Miss COTE D’ IVOIRE ? De quelle culture me parle-t-on ? Je veux bien savoir…
– La majorité des jeunes filles ivoiriennes ont des rondeurs. Et comme le concours est soumis à des « normes internationales », les filles avec des rondeurs sont mises à l’écart. Nous voyons défiler des jeunes filles amaigries, anorexiques… et de teint clair pour la plupart. Ce qui amène d’autres à se détruire la peau pour être Miss « forcé » !

En une soirée, la vie d’une jeune fille prend un virage à 360 degrés : maison, voiture de luxe, bijoux à gogo, strass et paillettes… Le « glam’s » quoi. Comme on dit chez nous : « Cadeaux n’est pas cadeaux ! »

Pendant ce temps, des jeunes gens et jeunes filles diplômés (MBA, DESS, DEA, Master, Ingénieur, BTS) se retrouvent à gérer des cabines téléphoniques, des blanchisseries, des « garbadromes », des étals de fruits et légumes. Et qui, malgré leurs excellents projets, ont du mal à trouver ne serait-ce que 100.000 FCFA pour le concrétiser.

Où allons-nous ?

Quelle est l’utilité, quel est l’intérêt de ce concours ? Car, même quand nos Miss vont (nous représenter) dans les concours internationaux, elles n’arrivent même pas à se classer parmi les 10 premières. Je n’ai jamais vu une école construite, ou un vrai projet piloté par une Miss Côte d’Ivoire, qu’on dit représenter la jeunesse ivoirienne et surtout la gente féminine.

Qu’apporte cette Miss à l’économie ivoirienne au point de drainer des sponsors de grandes envergures ? Que fait cette Miss élue en faveur de la jeunesse ivoirienne sans emploi et oisive ? Quel est le véritable message véhiculé par ce concours ?

Une chose est sure, la vraie femme ivoirienne n’a pas besoin de se mettre en petite tenue, d’être amaigrie et anorexique, devant un parterre de personnes pour prouver qu’elle est belle. Les vraies Miss ne se montrent jamais. Elles sont cachées, bien au chaud quelque part. Elles sont valeureuses, courageuses et se battent sainement pour avoir leur pain quotidien. Elles assument leurs rondeurs et surtout mettent en avant leurs idées, pas leurs corps.

Jeune fille, ne t’en veux même pas si tu n’es pas Miss. L’excellence tant prônée par ce concours est une excellence douteuse. Ce n’est pas une référence et cela ne vaut pas la peine. Lève-toi, assume-toi et bats-toi. Sois fière de ce que tu es ! Sois une AHOU !

 

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